Archive pour novembre 2010

Pierre PERRET

Dimanche 21 novembre 2010


Le Pierrot vient de sortir un nouveau CD, “La femme grillagĂ©e”. C’est sans doute un chanteur que l’on adore ou que l’on dĂ©teste mais il a le gĂ©nie de l’Ă©criture. Ces textes sont souvent très profonds. Il a l’art de cumuler les genres tout en maintenant une grande rigueur d’Ă©criture. C’est Ă©galement un chanteur que j’affectionne depuis ma plus tendre enfance et que je n’ai jamais cessĂ© d’Ă©couter. Certes, certaines chansons ne sont pas pour toutes les oreilles et l’on peut s’Ă©tonner de certains choix. Il suffit alors de se plonger sur le reste de son rĂ©pertoire qui est vraiment impressionnant. J’admire en tout cas un grand nombre de ses chansons fortes et sa dernière trouvaille en fait vraiment partie. Faut-il Ă©ternellement fermer les yeux devant a bĂŞtise crasse de l’obscurantisme ? Pierre Perret, bravo pour ce courage et cette chanson qui n’est autre qu’une demande de prise de conscience de la dignitĂ© humaine.

Voici une interview récente à ce sujet:
Pierre Perret : « Je me moque de ce qui choque »
En chanson, sur son nouvel album, Pierre Perret met son grain de texte dans le dĂ©bat sur la burqa et embrasse la cause des femmes battues. Mais ce natif du Tarn-et-Garonne qui se prĂ©sente comme «un auteur tĂ©moin de son temps» chante aussi le cul, le cul, le cul…
Comment est nĂ©e l’idĂ©e d’une chanson sur la burqa, « La femme grillagĂ©e » ?
C’est dans l’air, et c’est un sujet qui m’a marquĂ©. Quand on a le sens de la libertĂ© on ne peut se satisfaire de ce genre de situation… Le dĂ©tonateur, c’Ă©tait il y a trois ou quatre ans, avec Rebecca, mon Ă©pouse, lorsqu’au restaurant on s’est trouvĂ© Ă  cĂ´tĂ© d’un couple dont la femme Ă©tait engrillagĂ©e comme celle de ma chanson, j’ai trouvĂ© que c’Ă©tait une telle dĂ©solation… Quand elle prenait une bouchĂ©e, elle soulevait sa jupe au ras des souliers et remontait tout le long pour se nourrir, est-ce qu’un spectacle comme ça peut exister Ă  notre Ă©poque ?
Une autre chanson s’adresse aux femmes battues…
C’est un encouragement Ă  casser ce tabou et Ă  ne plus subir. Les violences faites aux femmes, ça dure depuis tellement longtemps et ça risque de durer encore. Peu de monde rĂ©agit lĂ -dessus, ponctuellement, on prend conscience, on pleure un petit coup et puis voilĂ . Ce disque est nĂ© de l’Ă©tat de passivitĂ© dans lequel on se trouve. En gros tout le monde s’en fout.
Mais le Perret paillard est sur le mĂŞme disque, avec « Le cul ». Qu’est-ce qui choque le plus aujourd’hui, une chanson sur la religion ou sur le cul ?
Je n’en sais rien, je m’en moque après tout. Mais je ne parle pas tant des religions que de leurs effets pernicieux, les extrĂ©mismes sont pernicieux. Ma chanson sur le pape, c’est simplement la vie d’un mec en soutane… C’est peut-ĂŞtre la chanson sur laquelle j’ai travaillĂ© le plus, il a fallu faire un tri ultra-sĂ©lectif, j’ai sucrĂ© des couplets, j’en ai rajoutĂ© d’autres. Mais l’album m’a demandĂ© trois ans et demi de travail. Je n’ai jamais pris autant de temps et de recul, il n’y a eu aucun relâchement, il y a 20 ou 30 versions de chaque chanson.
« La mère des cons », chantez-vous, est toujours enceinte ?
Vous vous doutez à quoi ça fait allusion
[ndlr : Ă  la polĂ©mique sur Brassens et Leautaud Ă  la parution de « A capella », ses souvenirs] … On a tous ses cons et les miens vont avoir chaud aux fesses bientĂ´t. VoilĂ , comprend qui peut. En mĂŞme temps que le disque, vous sortez un livre de cuisine… ça c’est ma rĂ©crĂ©. J’ai une longue table dans ma pièce de travail, alors quand je sature au milieu de mes chansons, je change de siège, je vais 3 mètres plus loin. LĂ  j’ai d’autres papiers et je m’immerge dans un hors-d’Ĺ“uvre, un dessert, des escargots, des coquilles saint-jacques, de la crème caramel… Traquer le petit dĂ©tail, l’ingrĂ©dient Ă  ne pas oublier, c’est de la semoule Ă  cĂ´tĂ© de l’enfer des chansons. La musique, la cuisine, ça reste des outils du bonheur : est-ce que ça vous rend heureux ? Sinon je ne le ferais pas, ça correspond Ă  un besoin, j’ai envie de pousser des grands cris d’horreur et ça donne les chansons de ce disque ou alors des grands Ă©clats de rire et ça donne les autres, ça fait partie de la vie, ça prouve que je suis encore vivant. De mĂŞme que d’ĂŞtre sur scène, si ça m’emmerdait je ne le ferais pas. Le jour oĂą ça m’emmerdera je poserai les clarinettes et ce jour-lĂ , je n’irais plus qu’Ă  la pĂŞche.
« La femme grillagée », disque Adèle Naïve. « Tous toqués », recettes aux éditions le Cherche Midi.